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Le marché du bois : Une tension inédite

Depuis quelques mois, le secteur du bois connaît une crise importante, et ce mondialement. D’énormes difficultés d’approvisionnement, des prix qui s’envolent à cause de la hausse des matières premières, et ce depuis le début de l’épidémie de COVID-19. Peu importe le continent, le commerce international est chamboulé. Retour sur les raisons de cette crise. 

Ce n’est pas la première crise traversée par la filière bois, mais celle-ci a tendance à s’éterniser. La crise sanitaire de du COVID-19 a mis à l’arrêt les usines, confiné les populations, saturé les hôpitaux, et la production de bois a forcément été ralentie. 

Outre le manque de main d’oeuvre en raison de cette épidémie, c’est aussi la matière première qui s’est rarifiée : La matière première manque, et le commerce international s’est compliqué avec le blocage des bateaux dans les ports, et les taxes de fret qui ont explosé (500 % de plus sur un container de 20 pieds à titre d’exemple). A cela se sont ajoutés des grèves dans les scieries, et une diminution importante des stocks  qui n’ont pas été renouvelés. 

La demande flambe, l'offre diminue

Bien que ces éléments ne soient pas forcément liés entre eux, ils ont contribué à la hausse des prix, sur la filière bois, mais également sur une multitude de secteurs, l’acier, les produits électroniques, les colles.

Cette hausse des prix résulte également d’un accroissement de la consommation de bois de l’ordre de 10% depuis un an. La population étant confinée, beaucoup se sont alors tournées vers le bricolage et en ont profité pour rénover / construire. Plus de demande, mais moins d’offre, les scieries étant à effectif réduit, elles n’ont pas eu leur capacité de production maximale. Ce déséquilibre entre offre et demande est responsable en grande partie de la hausse des prix. 

Le Brésil , premier exportateur et consommateur de bois au monde, est fortement impacté par la hausse des prix. L’épidémie a été plus rapide et plus virulente, et la production a baissé de 40%. Après cet arrêt, les achats se sont faits en même temps, ce qui a encore une fois conduit à une hausse considérable des tarifs., jusqu’à 260 % sur certaines essences. Le Brésil favorise désormais le marché domestique plutôt que l’export, car l’export nécessite des qualités de bois spécifiques, et le Brésil ne souhaite pas pour le moment faire ces tris de qualité. 

Aux Etats-Unis , le problème est similaire : Hausse des prix et difficultés d’approvisionnement. La politique de la construction et des mises en chantier voulue par la politique de Donal Trump a fait exploser la demande. Et ils n’hésitent pas à acheter plus cher les bois pour leur marché intérieur, ou pour l’export vers la Chine, ce qui a pour conséquence la hausse des cours.

Au Canada, principal producteur de Western Red Cedar, on assiste également à une hausse des prix. La crise sanitaire a ralenti les activités d’abattage et de sciage. De plus , un été très chaud  a provoqué de nombreux incendies et des barrières de feu ont rendu impossible la coupe des arbres. A l’hiver, ce sont les épisodes de neige qui ont rendu impossible cette coupe. Les deux essences principales de cette région, le Pin d’Orgegon et le Western Red Cedar ont donc subi des hausses énormes, surtout que ces essences sont uniques et non substituables.

En Europe centrale, les forêts d’Epicéa notamment sont ravagées par les scolytes, réduisant encore l’offre de bois disponible.
En Europe du Nord, dans les pays scandinaves, le temps très doux a retardé les coupes en forêt. En France, il devient de plus en plus compliqué de s’approvisionner sur des bois de constructions, comme le lamellé collé, médium, OSB.

Forêt de Red Cedar au Canada

Un acheminement des bois compliqué avec le commerce maritime

L’Asie est également confronté à la hausse des prix du bois, mais c’est surtout au niveau du commerce maritime ou la tension se fait sentir. Le fret maritime a en effet été énormément taxé, et il y a également moins de containers. Selon Emmanuel Guillemette, ” Les taxes de fret international ont flambé, passant de 1 500 à 10 000 dollars par container! Ce qui représente un surcoût de 200 à 250 dollars par mètre cube. En conséquence, une partie du bois traditionnellement exporté depuis l’Asie vient maintenant d’Amérique du Sud, et il y a actuellement un mois d’attente pour obtenir un container en provenance d’Indonésie, de Malaisie ou de Singapour”. Ces taxes devraient encore perdurer encore assez longtemps. La Chine, grande consommatrice de bois également, devra aussi se tourner vers les autres pays, sa principale source Russe a en effet mis fin à l’export de grumes. Cela ne va pas arranger les choses…

Cette situation inédite risque de perdurer, les acteurs de la filière bois s’accordent à dire que l’avenir est incertain, avec un manque de visibilité, et qu’un retour des prix raisonnables n’est pas à envisager pour les 6 prochains mois. 

De notre côté, malgré que nous subissions également ces hausses, et ce à la fois pour le bois (chêne massif, mdf, bois exotique qui ont augmenté de 50%), mais aussi les vernis, et colles (Augmentation de 40%), nous avons stocké en conséquence et essaierons de maintenir raisonnablement les prix tant qu’il nous sera possible de le faire. 

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